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La légitimité islamique des invasions de la Syrie par Ghazan Khan

Sujet: [SHS:HIST] Humanities and Social Sciences/History, [SHS:HIST] Sciences de l'Homme et Société/Histoire, Ghazan Khan, al-Malik Muhammad b. Qalawun, Syrie, correspondances diplomatiques, versets coraniques, mandat du Ciel
Auteur: Aigle, Denise
Résumé: Dans ce article, l'auteur explore le contenu et la transmission de deux documents émanant du sultan mongol Ghazan Khan : le firman (amān) à la population de Damas, accordé en 699/1300 lors de l'occupation mongole, et une lettre adressée au sultan mamelouk al-Malik al-Nâsir Muhammad, en 700/1301. Seule la copie arabe de ces textes à été conservée, dans les chroniques mameloukes syriennes et égyptiennes. L'analyse du contenu de ces documents porte principalement sur les arguments religieux qui légitiment l'invasion de la Syrie et sa soumission au pouvoir mongol, et ce, alors que le Ghazan s'était converti à l'islam. Le souverain mongol veut y apparaître comme chef de l'umma, et dénoncer l'illégitimité de la domination mamelouke afin de faire accepter son invasion de la Syrie. L'A. montre que finalement, malgré la conversion de Ghazan à l'islam, le discours mongol est en continuité avec la tradition antérieure : demande de soumission et affirmation de la supériorité du souverain mongol. L'analyse de la transmission de de la lettre est l'un des grands apports de l'article. En effet, les différentes versions de la lettre à al-Malik al-Nâsir Muhammad attestent de l'existence de deux transmissions distinctes : une version A, plus agressive, et une version B, plus conciliante, mais qui affirme davantage la supériorité de l'Ilkhan. L'auteur remet en cause l'interprétation de T. Raff (Remarks on an anti-mongol fatwa by Ibn Taymiya, Leiden, 1973, p. 34) pour lequel la version B était une forgerie mamelouke, rédigée tardivement pour en faire une offre de paix. Comme le fait remarquer l'auteur, le fait que Baybars al-Mansûrî, un contemporain des événements, transmette la version A montre que ces deux versions ont circulé simultanément. La version A serait la traduction arabe de l'original en mongol, envoyé par Ghazan, comme m'atteste la phraséologie officielle utilisée par les Mongols. La version B pourrait être une copie arabe du texte, effectuée au sein de l'État ilkhanide. Tandis que la version A a sans doute été établie à partir de l'original mongol par les services de la chancellerie mamelouke du Caire. L'auteur démontre de manière convaincante que les deux versions sont en fait des demandes de soumission adressées au sultan mamelouk. Cette demande de soumission implicite est justifiée par de nombreux versets de Coran, cités à l'appui de l'argumentation.
Disciplines: Histoire
Régions: Moyen-Orient