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Le tragique de la liberté revoltée dans "Burkina Blues" d'Angèle Bassolé-Ouédraogo ________________________________________ Toussaint Kafarhire Murhula, SJ. Hekima College, Catholic University of Eastern Africa

Sujet: Littérature et techniques d'écritures, langues, Sociologie, ethnologie, moeurs, cultures, problèmes sociaux, éducation
Auteur: KAFARHRHIREMURHULA, Toussaint
Résumé: Ce qu'affirmait Fabien Eboussi de L'Aventure ambiguë de Cheik Hamidou Kane en 1964, soit trois ans après sa parution peut s'appliquer à la lettre aujourd'hui à l'oeuvre poétique d'Angèle Bassolé. Comme Cheik Hamidou Kane, Bassolé « déboise son silence intérieur et le répartit en théâtre » (R.Char) ; elle a arraché aux ténèbres pour le recréer, en pleine clarté du langage, un drame dont nous sommes les personnages pathétiques. Comme L'Aventure ambiguë, Burkina Blues[1] nous invite à accomplir le voyage du bout de notre nuit pour en ramener par-delà nos déchirements, l'image de notre forme future »[2]. Au coeur de ces Blues, au coeur de la mémoire et des souvenirs nostalgiques des terres désertiques brûlées par le soleil du Sahel, le vers « Je ne sais pas jouer » (p.39) exprime déjà le tragique de la liberté révoltée qui, à mon avis, constitue la trame de fond dans la chanson triste et nostalgique d'Angèle Bassolé. Il n'y est pas question simplement de la commisération dans un regard empathique posé sur les réalités atroces de la vie, de même qu'il ne s'agit pas d'une molle sympathie avec un « quotidien » misérable, avec le cortège de malheurs et de souffrances imposés, qui nient l'humanité aussi bien dans les bourreaux que dans leurs victimes. Bassolé tranche sans complaisance sur la responsabilité de la liberté humaine, tandis que, comme un couteau dans la plaie, elle remue la mémoire de trop de sacrifices consentis, de patiences déçues, de promesses non tenues, de choix confisqués, de sommeils manqués, de rêves avortés, d'idéaux enchaînés... Seule la liberté résiste et refuse de se rendre, même s'il faut consentir à mourir. Et effectivement, c'est chaque jour que nous mourons ! Mais l'espérance est têtue malgré l'inquiétude et l'angoisse. Fanon, Lumumba, Sankara, Zongo, Munzihirwa, etc. : des symboles vivants dans la mémoire de l'histoire, contre les humiliations de la dignité humaine, qui inquiéteront toujours leur semblant de paix, leur sommeil artificiel, leurs allures de bon sens guindées.
Source: http://www.arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP2303tkm.html
Format: application/pdf
Disciplines: Histoire, Linguistique, Littératures, Sociologie
Régions: Afrique de l'Ouest