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Migration et politique au Moyen-Orient

Sujet: [SHS:DEMO] Humanities and Social Sciences/Demography, [SHS:GEO] Humanities and Social Sciences/Geography, [SHS:SCIPO] Humanities and Social Sciences/Political science, [SHS:SOCIO] Humanities and Social Sciences/Sociology, [SHS:ECO] Humanities and Social Sciences/Economy and finances, [SHS:HIST] Humanities and Social Sciences/History, [SHS:ANTHRO_SE] Humanities and Social Sciences/Social Anthropology and ethnology, [SHS:STAT] Humanities and Social Sciences/Methods and statistics, migration, politique migratoire, migration et politique, immigration, émigration, migrations de transit, diaspora libanaise, diaspora palestinienne, réfugiés, réfugiés palestiniens, réfugiés non-palestiniens, demandeurs d'asile, migrations de travail, travailleurs migrants, travailleuses domestiques, travailleurs syriens au Liban, Moyen-Orient, Liban, Jordanie, Palestine, migrants libanais en Australie, QIZ de Jordanie, analyse institutionnelle des migrations, transnationalisme, économie politique des migrations, construction nationale au Moyen-Orient, Etat nation extraterritorial, nationalité, réseaux, rôle de l'Etat
Auteur: De Bel-Air, Françoise, Bergem, Knut, Chalcraft, John, Clochard, Olivier, Dergarabedian, Arda, Kamel Doraï, Mohamed, Hanafi, Sari, Al Husseini, Jalal, Jaulin, Thibaut, Tabar, Paul
Résumé: Migration et politique au Moyen-Orient.<br /><br />Les migrations internationales constituent aujourd'hui, dans toutes les régions du globe, un enjeu majeur du politique. Elles font l'objet d'accords internationaux, engendrent des litiges diplomatiques et, surtout, défient en permanence l'ordre du « national ». L'immigrant se heurte à des frontières, spatiales et administratives ; l'émigrant renégocie en permanence ses relations à son pays d'origine. Aussi les migrations obligent-elles sans cesse à repenser les frontières, les manières de conceptualiser un territoire et, plus largement, la souveraineté politique d'un État-nation.<br />Dans un Moyen-Orient arabe en pleine crise sociale, économique et politique, l'intensification des mouvements d'immigration et d'émigration, mais aussi celle des migrations de transit, est porteuse, en ce tournant de siècle, d'enjeux politiques spécifiques. L'implication accrue des diasporas dans les pays de départ, l'exploitation persistante des migrants dits « de travail », la présence des réfugiés de Palestine et, depuis peu, d'Irak ou du Soudan, les débats populaires que suscitent ces sujets, y posent de façon renouvelée la question du politique, des définitions de la nation à l'inscription régionale et internationale des Etats.<br />Dans ce contexte émergent de nouveaux modes d'instrumentalisation, par les acteurs du politique, des mouvements migratoires intra-régionaux et internationaux, dont ce livre explore des exemples significatifs : « mobilité du travail et du capital » comme stratégie de politique intérieure et étrangère en Jordanie, rôle des États dans les migrations de travail (travail domestique en Jordanie et dans les pays du Golfe ; main-d'œuvre syrienne au Liban), gestion des réfugiés palestiniens dans les pays arabes, défi posé par les membres de cette diaspora à la rigidité des concepts de frontière et de citoyenneté portés par les acteurs du processus de paix, sort des réfugiés non palestiniens au Liban, caractère éminemment politique des débats sur la nationalité dans ce pays, rôle de l'Église maronite, acteur désormais transnational, sur la scène politique libanaise...<br />Discours sur, représentation d'une identité nationale, instrument de politique intérieure mais aussi stratégie de relations internationales, les mesures de contrôle et de gestion des flux migratoires mettent en relief la pluralité croissante des notions de nationalité, de population nationale, de territoire, de même que les changements qui affectent les modalités du « contrat social ». Elles montrent la résilience des États et l'émergence de nouveaux acteurs dans la sphère du politique : réseaux ethnico-nationaux, religieux, réseaux d'affaires transnationaux...Les politiques migratoires éclairent ainsi de façon particulière les processus de construction nationale et de restructuration géopolitique à l'œuvre dans la région.<br /><br />FRANCOISE DE BEL-AIR : Introduction : Migration et politique au Moyen-Orient. Populations, territoires et citoyennetés à l'aube du XXIème siècle.<br /><br />FRANCOISE DE BEL-AIR ET ARDA DERGARABEDIAN<br />GLOBALISATION, MIGRATIONS INTERNATIONALES ET POLITIQUE : LE CAS DES ZONES INDUSTRIELLES QUALIFIANTES (QIZ) DE JORDANIE <br />Des travaux ont illustré l'interdépendance entre les mouvements migratoires et la profonde révolution politico-économique vécue de nos jours par la plupart des Etats en développement : le passage d'une économie non-productive à un système libéral, privatisé, attirant les Investissements étrangers directs et favorisant la mise en place de structures de production tournées vers l'exportation et pourvoyeuses d'emplois, dont l'industrie manufacturière du textile et de l'habillement constitue un exemple. Dans le contexte de la Jordanie de l'après-1999, on montre ici, à travers l'exemple des QIZ, que la mise en œuvre de ces mesures mais surtout le succès des stratégies politiques y étant associées dépendent quasi-structurellement d'un recours à une main-d'œuvre immigrée asiatique. Ce processus permet l'ancrage de la Jordanie dans un réseau "déterritorialisé" d'échange de biens et de personnes, de même que l'application rapide de mesures de libéralisation drastiques. Pourtant, il s'effectue sans la participation de la population jordanienne, qui souffre de taux de chômage élevés, un exemple de "paradoxe libéral". Les réformes évitent aussi la sphère du politique, cette nouvelle classe de travailleurs ne jouissant d'aucun droit politique et social. La "mobilité du travail et du capital" apparaît donc sur ce terrain comme le catalyseur de tous les enjeux politiques du passage d'un système économique rentier à un système productif, mais aussi comme l'un des instruments privilégiés de cette transition.<br /><br />KNUT BERGEM<br />LE ROLE DE L'ETAT DANS L'IMMIGRATION DES TRAVAILLEURS DOMESTIQUES EN JORDANIE ET DANS LES PAYS DU GOLFE<br />Plus de 2 millions de femmes asiatiques sont actuellement employées en tant que travailleuses domestiques en Jordanie et dans les Etats du Golfe. L'institution des services domestiques, dès lors, est devenue un élément à part entière des politiques étatiques d'immigration, comme de la politique intérieure des pays concernés. La disponibilité de travailleuses domestiques étrangères peut être envisagée en termes de "contrat social" entre les régimes et les classes moyennes, selon lequel l'Etat garantit un confort matériel aux citoyens en échange de leur allégeance politique. Dans ce cadre, cette contribution aborde certains problèmes structurels auxquels sont confrontées les travailleuses domestiques. Il questionne les politiques actuelles d'immigration de même que les pratiques encadrant leur séjour. L'article met en relief l'aspect structurel de l'isolement social comme de l'absence de politiques de protection des droits humains ou de loi du travail appliqués aux employés de ce secteur. Le profit politique engendré par cette situation, pour les Etats et employeurs des pays d'accueil, y est éclairé. L'article propose également quelques pistes pour l'élaboration de politiques plus humaines d'immigration de travailleurs domestiques vers la région. <br /> <br />JOHN CHALCRAFT<br />LES TRAVAILLEURS SYRIENS AU LIBAN ET LE ROLE DE L'ETAT. ECONOMIE POLITIQUE, AMBITIONS POPULAIRES <br />Quel est le rôle joué par les Etats dans la migration vers le Liban, au cours des années 1990, de centaines de milliers de travailleurs non qualifiés syriens ? Les théories les plus courantes créditent l'Etat syrien d'un pouvoir colossal, celui d'imposer au Liban un "flot" de migrants syriens. Une position plus "pro-syrienne", plus rarement défendue, oppose à cette explication politique le rôle de la division du travail comme moteur des migrations syriennes. La poursuite des mouvements de travailleurs syriens vers le pays voisin après le retrait d'avril 2005 semble confirmer la véracité de cette perception, en termes économiques, des flux migratoires entre les deux pays. Pourtant, outre qu'elle repose sur un débat dont les termes restent à questionner, cette explication passe sous silence le pouvoir des Etats et surestime la capacité explicative de l'économie comme discipline scientifique. Cette contribution dépasse les termes de la controverse existante et cherche à mettre en relief le rôle de l'Etat dans l'économie, par un retour sur l'histoire des relations entre les deux pays, par une attention portée aux politiques économiques sans rapport direct avec les migrations et par la prise en compte des ambitions des acteurs sous-tendant les mouvements d'émigration et de retour. J'avance la théorie suivante : les politiques d'Etat ont plus d'effets que ne leur prêtent les lectures "économicistes" du phénomène migratoire, mais pas celui d'"imposer" au Liban des travailleurs immigrés. Mieux que des facteurs purement économiques, les politiques économiques et sociales divergentes menées par les deux pays depuis les années 1960 permettent d'expliquent les aléas des mouvements migratoires et de retour entre la Syrie et le Liban.<br /> <br />JALAL AL-HUSSEINI<br />LA GESTION DE LA QUESTION DES REFUGIES PALESTINIENS DANS LES PAYS ARABES : A LA RECHERCHE D'UN EQUILIBRE INCERTAIN<br />Cet article se penche sur les politiques de gestion de l'immigration des réfugiés palestiniens que les pays arabes voisins d'Israël (la Jordanie, le Liban et la Syrie) ont adoptées depuis 1948. Plus précisément, il s'agit de déterminer comment ces politiques, élaborées par la Ligue arabe ou par les autorités hôtes, se sont reflétées sur le processus de construction nationale développées par ces dernières. Nous chercherons à montrer que loin de n'être que des réponses à des considérations externes liées au conflit israélo-arabe, ces politiques ont été intimement liées à des préoccupations locales et régionales ayant trait à la consolidation de l'identité nationale, ainsi qu'à la stabilité politique, sociale et financière des pays concernés. Ce faisant, nous nous écartons des analyses largement partagées en Israël et dans le monde occidental selon lesquelles les pays arabes n'auraient été guidés que par le désir d'instrumentaliser la question des réfugiés dans le cadre de futures négociations de paix. Sans rejeter totalement cette interprétation, nous avançons que c'est avant tout à la lumière de la recherche d'un équilibre minimal tenant compte des contraintes (et opportunités) politiques et socioéconomiques induite par la présence des réfugiés sur leur territoire que la politique des pays arabes en matière devrait être analysée.<br /><br />KAMAL DORAÏ ET OLIVIER CLOCHARD<br />LES REFUGIES NON-PALESTINIENS DU LIBAN. DU STATUT DE DEMANDEURS D'ASILE A CELUI DE MIGRANTS ILLEGAUX<br />Environ 400 000 réfugiés palestiniens vivent actuellement au Liban, un pays qui abrite par ailleurs des réfugiés non-palestiniens, dont les effectifs varient de quelques milliers reconnus par le Haut Commissariat des Nations-Unies aux Réfugiés (UNHCR) à 30-40 000 selon des sources non-officielles, incluant de nombreux migrants "illégaux", principalement originaires du Soudan et d'Irak. Le Liban peut être considéré comme un pays d'asile temporaire avant un retour des réfugiés vers leur pays d'origine. Il peut aussi dans d'autres cas constituer un pays de transit vers l'Europe de l'ouest, l'Amérique du nord ou l'Australie. Quels sont les divers itinéraires existants ? Reposent-ils sur des réseaux transnationaux ? Quelles sont les bases de ces réseaux ? La période de transit pouvant durer plusieurs mois, les réfugiés doivent concevoir des stratégies d'adaptation, leurs statuts restant très précaires. Quelles stratégies sont adoptées dans divers domaines, logement, emploi, santé, éducation, etc. ? Cet article, reposant sur des données d'enquête, aborde la question théorique de l'étude des mouvements de réfugiés en lien avec le développement de pratiques transnationales au Moyen-Orient. <br /> <br />SARI HANAFI<br />LES REFUGIES PALESTINIENS, LA CITOYENNETE ET L'ETAT-NATION <br />Dans le Communiqué de Bethléem émis par le Fatah, les auteurs semblaient considérer l'avènement d'un Etat palestinien comme un substitut au droit au retour. Peut-on envisager une solution qui concilierait la création d'un Etat palestinien et le droit au retour ? La question posée ici n'est par une question purement légale, ni une question technique, celle de la capacité sociale et économique d'absorption des réfugiés palestiniens de la diaspora. Cette question porte sur la nature des Etats-nations en présence, tant dans le projet palestinien que dans le cas israélien ; elle touche au concept de souveraineté de l'Etat et à sa violence propre, à l'inclusion/ exclusion pratiquée par celui-ci afin de désigner ses citoyens. L'objet de cet article est donc de démontrer que, si les stratégies transnationales adoptées par les réfugiés et les migrants montrent une grande flexibilité, les politiques menées par les Etats de la région sont, pour leur part, caractérisées par leur inflexibilité. Je démontre également que le modèle actuel de l'Etat-nation, reposant sur la "trinité" nation-Etat-territoire, est inadapté à la conception d'une solution au problème des réfugiés palestiniens : il s'agit donc d'imaginer un nouveau modèle d'Etat-nation, caractérisé par des frontières flexibles, une citoyenneté flexible et une forme de séparation entre la nation et l'Etat, que j'appellerai "Etat-nation extra-territorial". <br /><br /> <br />THIBAUT JAULIN<br />LA RESTITUTION DE LA NATIONALITE LIBANAISE : ENJEUX JURIDIQUES ET POLITIQUES<br />A quelles conditions un Américain, un Brésilien ou un Australien descendant d'un émigré originaire du Liban peut-il obtenir la nationalité de son pays d'origine ? L'octroi de la nationalité libanaise aux membres de la très large diaspora libanaise a fait l'objet de débats passionnés dans le cadre des projets de réforme de la loi sur la nationalité ainsi qu'à la suite du très contesté décret de naturalisation de 1994. Dans ce texte je montre que les enjeux politiques soulevés par la question de la naturalisation des "descendants d'origine libanaise" renvoient à différentes facettes de la construction nationale libanaise : l'équilibre démographique entre les différentes communautés religieuses, la définition de l'identité nationale, les principes juridiques de l'octroi de la nationalité.<br /> <br />PAUL TABAR<br />L'EGLISE MARONITE AU LIBAN. DE LA CONSTRUCTION NATIONALE A CELLE D'UNE INSTITUTION DIASPORIQUE/ TRANSNATIONALE<br />Dans ce chapitre, l'auteur examine les mutations intervenues au sein de l'Eglise maronite, qui en font non seulement une institution active dans le processus de construction nationale libanais mais aussi une institution diasporique. Ces mutations sont entraînées par l'influence grandissante de la diaspora maronite sur l'Eglise et par l'effet dé-territorialisant sur celle-ci, de l'émigration des Libanais vers l'étranger. Dans ce cadre, l'Eglise est décrite de façon plus appropriée par le qualificatif de "globalocale" : d'une part, elle resserre les liens des communautés maronites expatriées avec l'Eglise-mère du Liban et, d'autre part, elle devient elle-même diasporique dans le sens où elle développe de nouveaux sites d'implantation institutionnelle à l'étranger, ce qui lui permet de mieux répondre à la demande des membres de la diaspora maronite partout dans le monde. A l'appui de cette théorie, on analyse les débats et décisions prises lors du Conseil du Patriarcat maronite tenu au Liban en 2003-2004, de même que l'histoire de l'Eglise maronite en Australie.
Disciplines: Anthropologie, Démographie, Économie, Éducation, Géographie, Histoire, Politique, Sociologie, Travail social
Régions: Moyen-Orient